La crise sanitaire liée au Covid-19 peut-elle retourner le marché de l’immobilier ?

3 avril 2020

La complexité de la période, l’ampleur de la crise sanitaire, les mesures de confinement et leurs conséquences économiques sont autant de facteurs qui interrogent nécessairement. L’immobilier peut-il être considéré comme une valeur refuge ? Ou, au contraire, devons-nous mettre en attente tout projet d’investissement ?

 

 

La mise en place soudaine des mesures de confinement a entraîné une fermeture quasi-instantanée des entreprises de chaque secteur d’activité lié à l’immobilier.

Les interactions avec les agences immobilières, les banquiers et les notaires sont réduites au minimum. Ainsi, les visites nécessaires avant l’achat d’un bien immobilier existant ne sont désormais plus possibles. Les conseillers bancaires sont tous en télétravail et il semble que peu d’offres de prêt seront éditées. Les actes notariés de ventes et les déménagements ont dû être reportés sine die.

Les chantiers ont, quant à eux, dû s’interrompre par la force des choses : nécessité impérieuse de préserver la santé de tous, difficultés d’approvisionnement en matériaux, déplacements réduits des salariés, … mais aussi en raison de la demande de certains riverains qui, bloqués toute la journée chez eux, ne supportaient plus le bruit des travaux !

L’ensemble des délais seront donc mécaniquement allongés : les personnes qui souhaitent vendre leur logement ou qui attendent la livraison de leur logement neuf vont devoir attendre.

 

Accompagnés par le gouvernement, les professionnels de l’immobilier ont réagi rapidement et s’organisent.

Le ministre Julien Denormandie a récemment indiqué : « un pays avec un encéphalogramme plat ne peut pas vivre », insistant donc sur le fait qu’un pays ne peut pas rester économiquement à l’arrêt.

Un certain nombre de mesures ont été annoncées pour fluidifier l’activité des différents intervenants. Par exemple, la signature à distance par les notaires des actes de ventes en VEFA (logements neufs) devrait être prochainement autorisée.

Sans attendre les mesures gouvernementales, les professionnels se sont immédiatement adaptés : les agents immobiliers effectuent des visites virtuelles, les promoteurs proposent de visualiser le plan de son futur logement en 3D sur des maquettes digitalisées, les baux et contrat de réservation sont signés en ligne,…

Votre conseiller patrimonial vous « reçoit » désormais par visio-conférence et vous présente ses dernières opportunités en partageant simplement son écran.

Tous les français ont démontré leur forte capacité d’adaptation à ces technologies 2.0.

 

 

 

Alors, quel impact pouvons-nous attendre ?

Si certains vendeurs pressés pourront être tentés de baisser leur prix, les indicateurs nous apprennent plutôt qu’il s’agira d’un épiphénomène et non d’une tendance réelle de la courbe des prix.

Avant le confinement, le marché se portait particulièrement bien. La faiblesse des taux historiquement durable et une demande toujours soutenue contribuaient à maintenir des prix (très) élevés, notamment dans les grandes villes.

L’immobilier neuf, qui a le vent en poupe, se préparait d’ailleurs à rencontrer une difficulté à proposer une offre suffisante. En effet, la période pré-électorale a réduit depuis plusieurs mois le nombre de permis de construire obtenus et les lancements commerciaux.

Aujourd’hui, on sait d’ores et déjà que les responsables politiques souhaitent poursuivre et même intensifier les actions favorisant l’acquisition par les français de biens immobiliers ; que les banques centrales ont décidé de massivement soutenir l’économie. Les spécialistes n’envisagent d’ailleurs pas une hausse significative des taux ; que les grands investisseurs institutionnels comme la Caisse des Dépôts et Consignation ont engagé de vastes plans d’acquisition et de commande de logements neufs.

Il nous faut, par ailleurs, considérer les problématiques des investisseurs qui n’ont pas changé : protection de la famille, transmission, préparation de la retraite, optimisation de la fiscalité, … Les français souhaitent, encore plus en cette période, sécuriser leurs actifs et leur avenir. Véritable marché de report, l’immobilier est alors systématiquement un refuge évident.

Les principaux acteurs du marché de l’immobilier s’attendent dès lors à subir, dans les prochains mois, une certaine pénurie de l’offre de biens immobiliers neufs. Elle impliquera automatiquement une hausse des prix et des livraisons tardives.

 


 

En conclusion

  • Là où les marchés boursiers se sont mondialement repliés voire effondrés en quelques jours, on constate une véritable résilience du marché immobilier notamment en France.
  • Actif tangible dont la valeur évolue sur le long terme, l’immobilier a permis à ses investisseurs de se préserver d’une panique conjoncturelle.
  • Ainsi, même s’il est encore tôt pour bien mesurer les impacts sur le secteur, la mobilisation des professionnels de l’immobilier, la détermination du gouvernement et la demande des français semblent assurer une sortie de crise réussie pour le secteur immobilier.

 

Par Jonathan Eveno