Pas d’augmentation des retraites en 2016

15 juin 2016

La revalorisation des pensions de base devrait être nulle le 1er octobre prochain. La faute à la faible inflation et au changement de calcul de l’indexation.

 

Ce n’est pas encore cette année que les retraites vont être revalorisées. Dans son rapport annuel rendu public le 7 juin 2016, la Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) prévoit une indexation de… 0% des pensions de base au 1er octobre prochain. Cette absence de revalorisation résulte certes de l’atonie de l’inflation (les retraites de base sont indexées chaque année sur la hausse des prix à la consommation), mais aussi au changement de calcul.

Jusqu’au 1er janvier 2016, les pensions de base étaient revalorisées en fonction de la prévision d’inflation de l’année en cours corrigée de la hausse des prix constatée l’année passée. Problème : en cas de chute brutale de l’inflation, le différentiel devenait négatif et pouvait entraîner une revalorisation elle-même négative, soit une baisse du montant des retraites. Inflation réelle et non plus prévisionnelle

Pour éviter un tel scénario catastrophe, l’exécutif a modifié le mode de calcul de la revalorisation. Désormais, le taux appliqué est celui de l’évolution de la valeur moyenne des indices des prix mensuels (hors tabac) calculée sur les 12 derniers mois. L’indexation en vigueur au 1er octobre 2016 va ainsi correspondre à la différence entre la moyenne d’inflation enregistrée entre août 2015 et juillet 2016 et la moyenne d’inflation entre août 2014 et juillet 2015.

Le rapport du CCSS ayant été publié le 7 juin, les estimations de la Commission ne peuvent pas s’appuyer sur les inflations qui seront constatées en juin et juillet. Pour autant, les chances pour que le montant des étiquettes s’envole durant ces deux mois s’avèrent faibles. Compte tenu de la faiblesse tenace de l’inflation, le taux de 0% paraît donc crédible.

La pilule va être d’autant plus difficile à avaler pour les retraités que la dernière « vraie » revalorisation date du 1er avril 2013 (+ 1,3%). En reportant la date d’indexation annuelle du 1er avril au 1er octobre, la réforme des retraites a instauré de fait un gel des pensions de base de 6 mois en 2014. Puis, il y a eu l’épisode de la revalorisation nulle du 1er octobre 2014, suivi d’un très petit + 0,1% au 1er octobre 2015.

Baisse du pouvoir d’achat des retraités

Si le 0% est appliqué, le pouvoir d’achat des retraités n’aura pas augmenté depuis plus de quatre ans. Et ce n’est pas les retraites complémentaires qui peuvent les sauver. L’accord paritaire du 13 mars 2013, puis celui du 30 octobre 2015, ont instauré une sous-indexation des pensions Arrco (servies à tous les salariés) et Agirc (versées aux seuls cadres) depuis 2013 et jusqu’en 2018 afin de résorber en partie les déficits des deux régimes. A cause là-aussi de l’inflation anémique, la mesure se traduit par un gel des retraites complémentaires.

Cerise sur le gâteau : le changement du mode de calcul de la contribution sociale généralisée (CSG) au 1er janvier 2015 a fait passer certains retraités du taux réduit à 3,8% au taux plein à 6,6%. Or, la CSG à 6,6% entraîne un assujettissement à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) à 0,5% et à la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (Casa) à 0,3%. Soit un taux cumulé de contributions sociales de 7,4% qui vient rogner un peu des retraites qui n’augmentent plus.