Retraites complémentaires : Les salariés sacrifiés

10 novembre 2015

Des mesures d’économies vont être mises en place à l’Arrco et à l’Agirc afin de résorber le déficit des deux régimes de retraite complémentaire. Les cadres et les non cadres vont devoir supporter un lourd tribut.

 

Le nouvel accord sur les retraites complémentaires du privé n’est pas tendre avec les salariés. Le document, validé le 30 octobre 2015 par le patronat (Medef, CGPME, UPA) et par trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC), demande de nombreux efforts aux cadres et aux non cadres. L’objectif est d’atteindre 6,1 milliards d’euros d’économies d’ici 2020 sur les 8,4 milliards d’euros de besoin de financement attendus à cette date, les 2,3 milliards restants étant couverts par les réserves de l’Agirc et de l’Arrco.

Premier sacrifice : la valeur d’achat du point Arrco (pour les cadres et non cadres) et du point Agirc (pour les seuls cadres) va augmenter entre 2016 et 2018, ce qui va baisser le rendement des cotisations. Les partenaires sociaux, gestionnaires des deux régimes, ont prévu que la rentabilité ne pourra être inférieure à 6%. Il n’empêche, le taux de rendement s’élève actuellement à 6,56%. Pour 1.000 euros cotisés, les salariés vont donc percevoir une rente de 60 euros au lieu de 65,60 euros.

Baisse de la rentabilité

En outre, le taux d’appel va passer de 125% à 127% en 2019. Aujourd’hui, sur 1.250 euros de cotisation, 1.000 euros sont pris en compte pour l’achat des points. Dans quatre ans, il faudra verser 1.270 euros pour 1.000 euros comptabilisés. Soit 20 euros de plus payés « à fonds perdus ». On l’aura compris, cette hausse du taux d’appel va venir dégrader encore un peu plus le rendement des cotisations complémentaires. Au final, les salariés vont cotiser davantage pour… toucher moins.

Par ailleurs, ils vont être incités à travailler un an de plus. Les salariés nés à partir de 1957 qui partiront, à compter de 2019, à l’âge légal (62 ans) et qui disposeront de tous leurs trimestres au régime de base se verront appliquer un abattement de 10% durant trois ans sur leurs pensions complémentaires. Il faut noter que ce « malus » temporaire s’appliquera également pour les bénéficiaires de retraite anticipée pour carrière longue, un dispositif qui permet aux actifs ayant commencé à travailler jeune et justifiant de tous leurs trimestres de partir plus tôt.

Travailler un an de plus

Pour éviter de subir cette minoration, les salariés devront cotiser quatre trimestres (soit un an) de plus. Au lieu de prendre leur retraite à 62 ans, certains vont ainsi préférer partir à 63 ans. Attention : si le salarié dispose de ses trimestres seulement à 63 ans, il devra alors quitter la vie active à 64 ans pour éviter la décote temporaire. Ce n’est qu’à partir de 67 ans que le malus sera supprimé.

Mais pour pouvoir partir un an plus tard, encore faut-il avoir du travail. Selon une étude de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), sur 100 personnes qui ont liquidé leurs droits au régime général en 2013, seuls 50% avaient validé un trimestre avant leur départ. La moitié restante était au chômage, en invalidité ou sans activité…